Partager l'article ! GIUSEPPE PENONE: Ma première rencontre avec l'œuvre de Giuseppe Penone se fit par surprise un jour de promenade au Jard ...
Ma première rencontre avec l'œuvre de Giuseppe Penone se fit par surprise un jour de promenade au Jardin des Tuileries. Au détour d'une allée, sous le couvert des arbres, dans ce jardin si ordonné, dessiné par Le Nôtre, un fouillis surprenant de plantes sauvages, l'idée d'un sous-bois ! Ce devait être en avril, le soleil était timide, l'air frissonnait d'humidité contenue, la terre encore chargée d'argile se souvenait des anciens tuiliers. Des herbes juvéniles se pressaient, le vert précoce aux feuilles, pour offrir une couche princière à un arbre étendu tel un voyageur fatigué par un long périple. Ce voyageur, né de la main de Penone, de bronze confondu, mais non déconfit, se laissait taquiner par les jeunes pousses insolentes comme un aïeul par ses petits enfants. J’étais là et je regardais, non, j’étais ce voyageur, j’étais l’herbe fraîche, j’entendais le chuchotement des feuilles, j’étais la mémoire de la terre ; il se mit à pleuvoir, d’une pluie maternelle et douce, j’avais un an, cent ans, mille ans, j’étais la pluie, l’arbre, la terre et le ciel. J’étais toute petite et j'étais toute grande. J’étais vieille et j'étais neuve.
J’ai rencontré le travail de Giuseppe Penone dans les livres, à Beaubourg, dans des reportages, puis à nouveau par surprise à Rome. Rome, ville à la mémoire ouverte, qui possède les imprudents dont je suis.
J’avais projetée de me promener sur la colline du
Pincio, histoire d’avoir cette ville indomptable à mes pieds et de la voir rougir de plaisir un peu plus tard dans la soirée. L’œuvre de Giuseppe Penone m’a happée par la manche à la porte de
la Villa Medici.
Peut-on résister à l’appel de ce chantre de l’invisible nature ?
Invisible nature, car Giuseppe Penone va à l'encontre de tous nos concepts modernes de consommation, de vélocité, de
flamboiement vulgaire. Son travail interpelle ce que nous ne voyons plus, ce que nous nions chaque jour un peu plus :
l'infiniment simple, l'infiniment secret, l'infiniment discret, l'infini renouvellement de la vie. La lymphe, subtile humeur dans les replis de nos empreintes, sève
sous l'écorce de l'arbre, goutte de sang incolore sur la pierre saisie d'apesanteur, humilité de la vie qui circule de l'un à
l'autre, sans trève, sans orgueil, est omniprésente dans le travail de l'artiste.
Impossible de ne pas déposer vanités et suffisance dès la porte de la Citerne romaine, dans laquelle se trouve une grande installation d'une vingtaine d'écorces de cèdre en bronze coulés. Légèreté, souffle d'air et poids de la vie toujours présente.
L'espace de la Sculpture © Claudio Abate
Un peu plus loin j'ai croisé dans une rampe aux
marches longues, une chevauchée étonnante, des crinières ébouriffées, non une idée de crinières faites de branches au galop et de feuilles suspendues au souffle d'un hennissement. Je
l'entends en écho de silence dans les galeries de la Villa Medici.
Peau de feuilles (série complète) © Claudio Abate
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